C'est aujourd'hui chose falte, la littérature orale a acquis le droit de cité dans le concert des études littéraires. Jusqu'à une époque récente elle n'était sollicitée que par les ethnologues, qul bien sûr ne l'envisageaient que dans la pers-pective de leur discipline. Mythes, contes, proverbes et épopées n'intéressaient que dans la mesure où ils éclairaient les traits d'une culture, appuyaient une thèse, si ce n'était pour leur saveur purement exotique.
Aujourd'hul tout un courant de critique africaniste à recours à la littérature orale pour cerner et dégager l'afri-canité de la littérature moderne qui use de langues étrangères comme moyens d'expression.
L'épopée d'El Haj Omar est le chant de gloire du peuple toucouleur islamisé. Elle se propose de fixer pour l'éternité les exploits du chef d'un empire aux dimensions très étendues : "Vaste parallélogramme dont les sommets sont solidement tenus par les quatre tháocraties des Almamye Peuls ou Toucouleurs les deux Fouta, le Sokoto, le Macina."
L'ampleur du sujet exige une récolte plus abondate de récits dans toute la sous-région ouest-africaine tant les versions foisonnent et s'opposent au sujet d'un même personna-ge! C'est dire donc que pour mieux cerner l'épopée d'autres études semblent d'une urgente nécessité.
L'épopée est un genre très en honneur chez les Toucou-leurs d'hier et d'aujourd'hui, ils le désignent du terme "daarol". C'est un genre très vivant généralement réservé aux hommes de castes (tisserands, griots...).
Gérard Meyer apporte des informations intéressantes à ce propos : "On peut dire que l'épopée gagne en succès tandis que le conte a tendance à disparaître lentement.
Les Toucouleurs désignent donc l'épopée du terme de daarol. Il n'est pas rare que le récitent accompagne son texte avec un instrument de musique soit la guitare à quatre cordes (hoddu), soit le genre de violon appelé ñaenporu. On entend dire d'une épopée qui n'est pas accompagnée de musique "ngol alaa Lamdam", elle n'a pas de sell"(2).
La douleur est intense, Maman ! La sécheresse est longue, Maman ! Nous avons besoin d'aide, car le fermier a travaillé dur, Maman !
Hier, il a plu des cordes, la terre était ivre, tu t'es enivré ! Hier, il a plu à verse, et les animaux disaient : « Il fait froid ! » Hier, c'était bleu et vert ; le bétail est vert et gras, les champs sont verts, la terre est verte, les champs sont verts ! Oh ! Mariez-vous !
La douleur est intense, Mère ! Le froid est long ! Nous implorons ton aide, car le berger est épuisé, Mère !
Au Nom d'ALLAH !
Nous recommençons et réitérons nos souhaits en priant ALLAH d'exaucer toutes nos prières ! Satan pervertit les cœurs, déstabilise l'opinion et sème la discorde entre les compagnons. Alors, faut pas qu'il nous atteigne !
Sayaa est la fin de ! Il n'y a pas de dieu ! Sayaa est la fin de ! Buubu mais l'enfer ! Il n'y a pas de dieu ! né !
UntitledL’auteur examine trois mythes sahéliens pour montrer comment le sacré structure la vision du monde et l’organisation sociale. Les récits étudiés mettent en scène des ancêtres fondateurs, des esprits et des forces surnaturelles qui interviennent dans la création des royaumes et des lignages. Le sacré apparaît comme une médiation entre les hommes et l’invisible, garantissant la légitimité du pouvoir et la cohésion du groupe. Les rites, les interdits et les sacrifices sont interprétés comme des prolongements concrets du mythe. L’étude révèle que le mythe n’est pas un simple récit du passé, mais un système de pensée vivant qui régule le présent et l’avenir des communautés.
UntitledCe texte retrace l’histoire et les méthodes de la recherche en littérature orale menée à l’IFAN (Institut Fondamental d’Afrique Noire). Il montre comment les chercheurs ont collecté, transcrit et traduit contes, épopées, mythes et chants en langues africaines. L’auteur insiste sur les difficultés liées à la fidélité de la transcription, à la performance orale et au contexte rituel. L’importance de l’interdisciplinarité (linguistique, anthropologie, histoire) est soulignée. L’article met en valeur le rôle de l’IFAN dans la sauvegarde du patrimoine immatériel africain et dans la reconnaissance scientifique de la littérature orale comme véritable littérature.
UntitledLe pouvoir a de tout temps polarisé l'imaginaire, et sa répercussion sur la littérature fut magnifiquement illustrée en son temps par les travaux de Georges Dumézil. Dans ses trois tomes de Mythe et épopée¹, rappelons que Dumézil a développé tout à loisir les multiples expressions du pouvoir doté tour à tour des fonctions religieuse, guerrière et nourricière, et ce à travers les épopées indo-européennes, depuis les Nartes jusqu'au Mahabârata, des Greco-Latins aux Germains et Scandinaves.
L'image du chef ou du roi qui se dégageait de cette étude monumentale, référait aux religions et aux sociétés concernées tout autant qu'à leurs projections littéraires, et s'ornait tantôt de la justice de Zeus, tantôt des foudres d'Odon dans son nordique Wallala, et tantôt des mystères de l'hindou Arjuna; rarement des trois à la fois.
Nous ne prétendons pas offrir un éventail aussi large ni aussi approfondi dans cette première approche du roi dans les épopées de l'espace mandé, qui sont le genre majeur de la littérature d'Afrique. Mais nous tenterons d'en cerner les contours, d'en isoler les éléments constitutifs, et partant, d'en dégager une conception spécifique du pouvoir, qui s'exprimerait jusque dans la politique contemporaine.
À travers mythes et textes épiques du continent noir, se dessine de façon récurrente la grande figure du chef africain, que ce soit sous sa forme féodale dans les royaumes de savane, ou sous sa forme clanique dans les royaumes de forêts.
Les Mansa mandingues, les Almamy peuls, les Mwami Tutsi ou les rois Akan et Yoruba, le Mohro Naaba, le Nkumu Mongo, le sultan des Bamoun, appartiennent certes à des aires culturelles très différentes. Différents aussi sont leurs signes distinctifs : coiffures, costumes, régalia; et il serait impossible d'en dresser un portrait type à la manière des souverains d'Europe, avec couronne, manteau de pourpre ou d'hermine, sceptre, trône. Les rois d'Afrique connaissent aussi ces apparats, mais nombre d'entre eux sont plus discrets, et parfois très peu distincts de leurs sujets, du moins dans leur costume.
Dans le milieu traditionnel sahélien fortement structuré par les sociétés étatiques pré-coloniales et les castes de griots généalogistes, la question ne se posait pas l'épopée c'était l'histoire. Et l'histoire se racontait selon les lois d'une idéologie. L'idéologie dominante étant celle de la classe dominante, l'épopée c'était donc l'histoire selon les rois, les princes, les guerriers.
Cette idéologie d'un pouvoir féodal bien hiérarchisé, s'articule sur les mythes fondamentaux de la société soudanaise.
Car, comme l'a constaté Dumézil pour les épopées indo-européennes, on peut démontrer comment les grands mythes cosmogoniques informent et structurent les fonctions du pouvoir dans les épopées mandingues, soninké, wolof et peules.
Donc l'épopée c'est d'abord l'idéologie
On peut se demander en revanche si l'histoire moderne a encore quelque chose à voir avec l'épopée et si l'historien peut réellement se servir de textes qui semblent à ce point triturés par l'idéologie.
Et si la réponse est positive on s'inquiétera à juste titre de savoir quels textes peuvent servir à la recherche historique, et quelles méthodes utiliser dans le cas des épopées orales. II faut signaler ici l'attitude hypersceptique des folkloristes américains concernant la teneur historique des épopées africaines. La position de Ralph Austen est sur ce point radicale. Les chercheurs hollandais du reste le rejoignent. Notre position est assez différente.
Précisons donc les textes et les peuples spécifiquement concernés par notre approche
Il ne s'agira évidemment que des épopées royales ou féodales liées aux dynasties ayant régné sur les territoires de cette zone qu'on nomme le Sahel, entre le 13 et le 20° siècle.
A cette catégorie appartiennent les épopées du Sénégal citées plus haut, mais aussi bien sûr le Soundiata au Mali (mandingue) qui est une des plus anciennes (13° s.), Zabarkane, et Issa Korombé au Niger (Zerma), Askia Mohamed, Da Monzon de Ségou au Mali, Silamaka du Macina, Ardo Boubou Gallo et Oumarel Sawa Donde toujours au Mali, Samory Touré en Guinée